#09 - Jocker, entre mémoire et traumatisme

Jocker, alias Jojo. On aurait pu dire "l'affreux Jojo" mais ça ne lui ressemblerait pas !

Un monstre de cheval, aussi grand que son cœur. C'est un cheval qui m'a beaucoup touché.

 

La première fois que je suis montée dessus, Christelle, sa propriétaire de monitrice n'était pas là. Elle m'a gentiment permis de le sortir. On aurait pu imaginer que j'aurais essayé le cheval d'abords en carrière, mais non ! 6h30 je saute du lit, le temps de donner à manger aux chevaux et zou ! Je saute sur le grand Jojo direction la plage !

 

C'est un cheval calme, posé. Il passe partout, n'a peur de rien, marche franchement. Le premier galop est un peu rapide mais il se cale rapidement et m'offre des sensations vraiment géniales ! Il s'étend aussi bien qu'il revient, les allures prennent aussi facilement de l'amplitude que de la hauteur et il est d'une souplesse telle que les épaules en dedans, incurvations, cessions à la jambe sont d'une facilité déconcertante ! Bref, un régal !

On pourrait dire qu'il a l'habitude, mais sur le retour, je me perd sur des chemins qu'il n'a sûrement jamais emprunté et pourtant il y va franchement. Moi qui comptait sur lui pour nous ramener ...!

Raté !

 

Mais voilà, Jojo, il porte sa croix. Il a une ombre au tableau.

 

Christelle m'explique, "pas d'obstacle". Je l'ai eu en cours un jour où nous travaillions sur l'amplitude, on aurait pu croire que ça aurait été facile pour lui mais non ! Dans une ligne à 6 foulées, ben ... il en fait 3 ... J'avais pourtant cassé la ligne, même pas une barre au sol mais le simple fait d'avoir à passer entre les chandeliers le stressait beaucoup !

 

Plus tard, Christelle le monte à l'obstacle et je peux donc constater, en effet, qu'il y a un réel problème émotionnel, un blocage au dessus duquel il n'arrive pas à passer.

Je commence par la confronter au problème pour bien le cibler. Au trot, le cheval saute et ne sent pas concerner. Il y a un obstacle, on saute par dessus, sans problème. Au galop, le même obstacle, se transforme en monstre mangeur de gros Jojo et là ... c'est le drame ! Il fuit la main, ne prend pas le temps de s'équilibre et charge la barres. Aucune décontraction à l'abord ou à la réception, un stress palpable et communicatif.

Dans un premier temps, je propose de sauter au trot, de galoper entre les obstacles puis transition au trot pour en sauter un 2ème etc ... On arrive alors par ce biais et à l'aide de la voix de Christelle qui le rassure à avoir un Jojo stressé mais qui arrive un peu mieux à se gérer.

 

 

C'est à ce moment là que je décide d'appeler Jean-Guillaume pour m'aider avec ce cheval. La vidéo et l'appel visio ne fonctionnent pas, la photo a du mal à s'envoyer ... Il arrive à cerner un blocage, une mémoire au niveau de la première cervicale.

 

Bingo ! Jocker, il appartenait à un cavalier pro avant. Il sortait sur 1m30 et pour l'entraîner il sautait une croix, saut de puce, obstacle à 1m40 ... (ne faites pas ça chez vous !)

Jusqu'au jour où le cheval panache, ils tombent tous les deux. Le cavalier est réanimé sur place et je n'ose imaginer la façon dont il a vécu les choses le pauvre Jojo ...

 

Ce traumatisme, cette énergie/information cristallisée est restée bloqué au niveau de la première cervicale. En plus de se réveiller à chaque fois qu'il est confronté à une expérience qui y ressemble, cela entraîne aussi des tensions, blocages, mauvaise circulation de l'énergie dans le reste du corps. Comme quand on met des cailloux ou des bâtons dans une rivière, l'eau cherche à s'évacuer sur les côtés ou déborde. L'idée était donc de supprimer cette vilaine mémoire.

Jean-Guillaume, à mon grand regret, n'étant pas sur place, je m'y atèle sous ses bons conseils.

 

Je commence un scan du cheval par le clair-toucher et les informations que je peux récupérer.

 

Je décide par commencer sur la mémoire. Je me branche dessus et ... c'était du lourd !

C'est difficile de mettre des mots sur des ressentis, sur des émotions partagées. Difficile de vous expliquer parce que ça s'expérimente, ça se vit. La mémoire en question, je l'imagine comme une bulle assez dense, une bulle avec laquelle je peux échanger. Une vague d’empathie ... Mon coeur se serre comme si on me compressait la poitrine et ma gorge se sert si bien que j'ai du mal à déglutir. Instantanément, Jojo fait un bruit guttural, un effort pour avaler sa salive.

A ce moment, je sais. Je sais que le travail à commencé mais il en reste. Je me recentre, respire, pendant qu'il mâchouille. J'ai une sensation de tristesse tellement profonde, une lourdeur, que j'ai les larmes qui m'arrivent. Je décide de le rassurer, j'avais envie de lui dire que c'était pas de sa faute, que maintenant il était dans une nouvelle maison, une nouvelle vie. Lui dire que c'était du passé, qu'on pouvait faire différemment et surtout mieux.

Je souffle profondément, ça s'allège, on commence à pouvoir respirer là dedans ! A cet instant, il pose sa tête sur mon épaule, souffle profondément et mâchouille de nouveau. C'était ... comme un remerciement qui me remet une nouvelle vague d'émotion dans la tête. Fiouf !

 

J'estimais que le travail sur la mémoire arrivait à sa fin, du moins ce que je pouvais faire, là, sur l'instant. J'ai alors aidé à la circulation sur le reste du corps. Le "bouchon" étant enlevé ou au moins diminué, l'énergie doit pouvoir circuler mieux mais peut avoir causé des effets secondaires ici et là.
En effet, l'énergie circule moins bien dans le postérieur gauche.

 

Je suis encore un peu chamboulée, c'était une expérience personnelle hyper enrichissante ... Alors que je fais le tour de Jocker pour vérifier ses couches énergétiques, je reviens vers sa tête. Je m'aperçois qu'il a lâché une larme de l'oeil droit. Peut-être une poussière me dira-t-on (moi je me le suis dis !) et en montrant ça à Christelle, je m'aperçois qu'elle aussi, a les yeux rouges bordés de larmes. On était beaux tous les trois ! :)

 

Le lendemain, Christelle monte Jocker à l'obstacle.

Le sur lendemain, je revois Christelle qui me montre sa vidéo ... J'en crois pas mes yeux, je reviens au début, ralentis la vidéo, la visionne encore et encore ... Je reste complètement scotchée ! Un Jocker calme, serein, rond qui enchaîne ses obstacles au galop dans le calme le plus complet ...

 

C'est pas facile d'accepter de passer au dessus de ses traumatismes, pour tout le vivant. Pour faire passer un blocage, un traumatisme, il faut accepter de le lâcher. Il a bien voulu être assez courageux pour essayer et ça, ça n'a marché que parce qu'il se sent bien avec sa propriétaire.

C'est en grande partie grâce à la relation qu'ils ont tous les deux, parce que Christelle est assez à l'écoute, réceptive et empathique qu'il a accepté de lâcher, même s'il a eu besoin d'aide. Et ça, c'est une leçon de vie qui me touche, bien plus qu'un tour d'obstacle dans le calme.

Alors merci Christelle, merci Jojo. Vous êtes beaux !

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